23 mois d’Assedic

Du jour au lendemain, je me retrouve seul dans mon salon avec notre idée de projet et 23 mois d’Assedic pour faire la différence. C’est d’ailleurs l’une des seules aides de l’état français sur laquelle vous pouvez vraiment compter en tant que porteur de projet.

Au départ, on a l’impression que c’est bien suffisant, qu’on va pouvoir profiter de cette situation “d’assistanat” pour bien prendre son temps et executer toutes les idées qu’on a en tête, sans pression financière particulière. Jacinthe venait à ce moment là d’être embauché chez Deezer, c’était aussi un bon moyen de sécuriser les revenues du foyer en faisant en sorte qu’un de nous deux ait toujours un job en attendant que nous puissions un jour en vivre pleinement. Notre ligne de conduite, toujours valable aujourd’hui : Ne jamais être à court de cash.

D’après les logs, la première ligne de code est tapé le 20 juillet 2008, c’était un Dimanche. D’abord, tu respires la liberté d’être ton propre patron. Enfin libre ! Je vais pouvoir travailler dans le bois au pied d’un chène par une délicieuse journée de printemps, un iPad flambant neuf à la main. En plus d’être anachronique, ceci est un pur fantasme. En fait, tu te rends compte rapidement que la vérité est ailleurs, que c’est loin d’être évident de bosser seul chez soi. La motivation varie d’un jour à l’autre. Il faut une sacrée volonté pour ne pas craquer à l’appel du Snooze (Relance réveil) qui te chuchotte chaque matin d’une voix à peine audible “Rendore-toi Sylvain, rien ne presssse…”. Entre 2 plats cuisinés bourrés de réhausseurs de goûts, tu te retrouve dans une sorte de grotte vraiment désocialisante que tu appelles “Salon”. Salon que nous avions d’ailleurs aménagé depuis un bail en mode bureau, la passion est parfois dévorante c’est vrai.

Comme Jacinthe travaillait la semaine, notre collaboration débordait rapidement sur les soirs et weekends. Notre complémentarité semblait parfaite : nous réfléchissions ensemble aux fonctionnalités, elle préparait les maquettes, j’intégrais dans la foulée, et voilà ! D’un point de vue technique, l’alchimie fonctionne, c’est un peu magique. Arthur Kannas, fondateur hyperactif et créatif de l’agence Heaven, soutien de la 1ère heure, nous envira lors d’un déjeuner pris sur le pouce : “Imaginer et concevoir sans rien demander à personne… Vous avez une telle chance, vous vous rendez compte ?”.