Loin des yeux, loin du cœur

À mon équipe,

Cette phrase raisonne en moi ce soir. Non pas que ma compagne est loin de moi. Vous le savez : nous nous aimons, dormons, mangeons, créons, rêvons ensemble. Tout va bien, je vous remercie.

C'est avec grande affection que je m'adresse à vous. Je pense que vous me lirez, curieux de connaître la dernière lubie du patron.

Entreprendre, c'est avant tout se rapprocher autour d'un projet commun. C'est faire connaissance avec l'autre, apprendre de lui, établir une relation de confiance, faire des concessions. C'est aussi se tenir les coudes, être soudé dans l'adversité. Tenir le cap.

Rejoindre une startup est une belle preuve d'amour. C'est avant tout un choix, un coup de cœur que vous avez eu.

Je le répète souvent : Ce n'est pas parce que nous sommes une petite entreprise que nous ne sommes pas capable de grandes choses.

Nous partageons la même passion de créer de beaux produits qui simplifient la vie des gens. Voilà pourquoi je vous considère comme mes collaborateurs et non des employés.

J'ai la conviction que l'entreprise saine est celle qui s'aime, qui se voit, qui se parle, qui s'écoute, qui se ressent, qui se partage.

Alors comment envisager de travailler ensemble à distance ? Comment ne rien manquer de la vie d'entreprise alors que l'on est absent ?

Loin des yeux, loin du cœur.

Le télé-travail est-il une bonne chose pour nous ?

Au risque de paraître conservateur et à revers des tendances, je ne le crois pas.

  • Parce que la distance atténue, pervertit, désenchante une relation.
  • Parce que la messagerie instantanée ne transmet pas les émotions du visage, de la parole, des éclats de rire dans l'open space.
  • Parce que travailler seul chez soi peut être désocialisant.
  • Parce que j'aime vous voir et vous parler autant quand les choses vont bien que quand les choses vont mal. Là, maintenant et pas le lendemain quand la frustration a commencé à se cristalliser.
  • Parce que je suis moi-même incapable de le gérer, de le comprendre, d'y prendre du plaisir.

Je ne dis pas que le télé-travail est mauvais. Il fonctionne même très bien avec certaines entreprises, certaines personnes, dans certaines situations.

J'aimerais bien connaitre leurs récits ici.

Mais il peut aussi être désastreux pour l'organisation. Untel fait croire à son employeur qu'il est devant son écran alors qu'il est en vadrouille avec Skype mobile. D'autres montent des projets personnels en utilisant le temps qui doit être consacré à l'entreprise.

L'année dernière, j'ai vécu une situation douloureuse où j'ai du licencier 2 employés pour qui le télé-travail avait pris une tournure dramatique. Le genre d'expérience qui vous fait devenir un con de patron. Plus jamais.

J'ai pris le clavier ce soir pour vous dire la chose suivante :
Prenons au sérieux les dangers du télé-travail.

Je ne tire pas un trait sur l'idée pour autant, dans la mesure où des exceptions peuvent confirmer la règle si par exemple :

  • Cela est justifié par une contrainte personnelle (transport bloqué pour la journée, domicile particulièrement éloigné)
  • Cela a été approuvé par toute l'équipe
  • Cela est encadré par une communication de chaque instant mise en place par le collaborateur lui-même (reporting régulier, poste réservé à la visioconférence dans l'open space, horaires identiques)
  • Cela concerne une durée de travail inférieure au temps de présence sur place.
  • Cela fait suite à un avenant au contrat de travail et un test satisfaisant.

Comme j'aurais aimé lire ces lignes en 2012 !

Je crois en la force d'une équipe belle et bien présente, comme un des fondements majeurs de notre culture d'entreprise. Cette impulsion me fait lever chaque matin avec l'envie de créer et façonner avec vous les outils de demain. Ma motivation est aussi précieuse que la vôtre !

Soyons fier de nous.
Amitiés,