Qu’est-ce qu’on a à perdre ?

Encore sous le choc de mon licenciement soudain, je m’isole dans un canapé près de l’accueil et attrape mon mobile du fond de ma poche. La voix un peu cassée, je lui dis :

Jacinthe ? Oui c’est moi. Il m’ont licencié, je pars ce midi.

Je lui raconte toute l’histoire, elle est dégoutée et soulagée à la fois. Sans l’avoir vraiment provoqué, les différences de points de vue et d’attentes envers ma hiérarchie faisaient que nous le savions, tôt ou tard ça allait clasher.

Il faut dire que j’étais plutôt une grande gueule à l’époque. Je n’hésitais pas à remettre en question les actions de l’un et de l’autre, parfois à tort. Très sensible aux injustices et incompétences régulières de certains, il s’avère que j’étais plutôt quelqu’un de difficile à manager. Ma boulimie de veille et d’innovation me faisait régulièrement oublier ma fonction principale, avancer sur les projets en cours.

Tu sais, l’idée dont on parle depuis quelques mois ? Et bien c’est peut-être le bon moment pour se lancer. Qu’est-ce qu’on a à perdre ?

Et c’est vrai que la question mérite d’être posée. Qu’est-ce qu’on avait à perdre ? Aucun prêt, pas d’enfant à charge, pas vraiment de difficulté à retrouver du travail en cas d’échec. Tous les indicateurs étaient au vert et c’est seulement plusieurs années après que je commence à mesurer le poids de l’engagement pris et de la responsabilité qui nous incombe. Transformer un échec en opportunité est une chose, encore faut-il que ça aboutisse sur un succès ou au moins sur quelque chose de concret. Ce point de basculement est souvent particulièrement anxiogène pour la plupart des personnes qui souhaitent se lancer. C’est un peu comme le moment où tu retiens ton souffle avant de sauter du 5 mètres pour la 1ère fois : certains renoncent, d’autres ferment les yeux et y vont. Le bouquet de fleurs est pour celui qui nous a bien malgré lui poussé dans le grand bain.

Nous ne le remercierons jamais assez.