Balance commerciale & désindustrialisation : deux courbes qui se croisent

Depuis 30 ans, la France s’enfonce dans un déficit commercial chronique. En parallèle, le poids de son industrie dans le PIB s’est réduit de moitié. Ces deux évolutions ne sont pas indépendantes : moins nous produisons, plus nous importons. Le graphique ci-dessous illustre ce lien étroit entre désindustrialisation et dégradation de la balance commerciale, de 1995 à 2024.

La balance commerciale française était encore excédentaire dans les années 1990, grâce à une industrie représentant près de 17 % du PIB. Mais à partir des années 2000, deux phénomènes se conjuguent :

  • désindustrialisation rapide : fermetures d’usines, délocalisations, montée en puissance des importations à bas coût ;
  • libéralisation des échanges : élargissement de l’Union européenne, accords de libre-échange, globalisation des chaînes de valeur.

Résultat : la part de l’industrie est tombée à environ 9 % du PIB en 2023, tandis que le déficit commercial atteignait des records, culminant à –162 milliards d’euros en 2022 lors de la crise énergétique.

Certes, certains secteurs restent excédentaires (aéronautique, luxe, pharmacie, agroalimentaire), mais ils ne suffisent pas à compenser les déficits massifs en énergie, électronique ou textile. La comparaison avec nos voisins est éclairante : l’Allemagne, dont l’industrie pèse toujours autour de 20 % du PIB, conserve d’importants excédents commerciaux.

La conclusion est claire : un pays sans industrie forte dépend structurellement de l’extérieur. Derrière les chiffres, c’est une question de souveraineté économique, d’emplois et de capacité à financer notre modèle social.

Relancer une véritable politique industrielle — réindustrialisation verte, relocalisation stratégique, soutien à l’innovation — n’est donc pas une option mais une condition pour rétablir nos équilibres commerciaux et réduire notre dépendance.

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