390 000 euros de prime chez Samsung : la preuve que l’argent existe

Introduction

« Il faut être raisonnable. »

C’est probablement la phrase la plus répétée aux salariés du monde entier.

Il faut être raisonnable sur les salaires.

Il faut être raisonnable sur les retraites.

Il faut être raisonnable sur les services publics.

Il faut être raisonnable sur les dépenses sociales.

Et puis un jour, chez Samsung, 48 000 salariés menacent de faire grève.

Quelques semaines plus tard, certains employés obtiennent jusqu’à 390 000 euros de bonus.

390 000 euros.

D’un coup.

Comme si l’argent venait soudainement d’apparaître.

Mais l’argent n’est pas apparu.

Il était déjà là.

Le grand mensonge de la richesse introuvable

Depuis quarante ans, le même discours est répété.

Les entreprises seraient fragiles.

Les marchés seraient impitoyables.

La concurrence mondiale empêcherait toute augmentation significative des rémunérations.

Pourtant, lorsqu’une activité devient extraordinairement rentable, les bénéfices apparaissent immédiatement.

Les usines ne produisent pas davantage d’heures.

Les journées ne comptent pas plus de vingt-quatre heures.

Les salariés ne se mettent pas soudainement à travailler trois fois plus.

Ce qui change, c’est la répartition de la richesse créée.

La révolution de l’intelligence artificielle a fait exploser les profits de Samsung dans les semi-conducteurs.

Pendant des mois, ces profits devaient principalement enrichir les actionnaires.

Puis les salariés ont rappelé une vérité fondamentale : sans eux, aucune puce ne sort des usines.

Ce n’est pas une prime, c’est un partage du butin

Le mot « prime » est trompeur.

Il donne l’impression d’un cadeau généreusement accordé par la direction.

En réalité, il s’agit d’une redistribution d’une richesse déjà produite.

Une richesse créée collectivement.

Par les ingénieurs.

Par les techniciens.

Par les ouvriers.

Par les équipes de maintenance.

Par tous ceux dont le travail quotidien permet à Samsung de dominer le marché mondial.

La direction n’a pas créé seule cette richesse.

Les actionnaires non plus.

Ils en bénéficient.

Ce n’est pas la même chose.

La vraie leçon : le rapport de force fonctionne

L’enseignement le plus important de cette affaire est ailleurs.

Si les salariés n’avaient rien dit, ils n’auraient rien obtenu.

Si les syndicats n’avaient pas organisé la mobilisation, ils n’auraient rien obtenu.

Si la menace d’une grève massive n’avait pas existé, ils n’auraient rien obtenu.

Cette histoire rappelle une réalité que certains préfèrent oublier :

Les droits sociaux n’ont jamais été offerts.

Ils ont toujours été conquis.

La semaine de quarante heures.

Les congés payés.

La Sécurité sociale.

Les retraites.

Les augmentations salariales.

À chaque fois, il a fallu un rapport de force.

Jamais une générosité spontanée.

Et en France ?

Pendant que certains salariés coréens obtiennent une part des bénéfices exceptionnels de leur entreprise, combien de grandes sociétés françaises distribuent des milliards d’euros de dividendes tout en expliquant qu’il faut serrer la ceinture ?

Combien de groupes annoncent simultanément des bénéfices records et des plans d’économies ?

Combien de dirigeants expliquent que les augmentations salariales sont impossibles alors que les rachats d’actions battent des records ?

La question mérite d’être posée :

Pourquoi les profits seraient-ils considérés comme sacrés lorsqu’ils vont aux actionnaires, mais comme irresponsables lorsqu’ils vont aux salariés ?

Conclusion

L’affaire Samsung n’est pas seulement une histoire de bonus.

C’est une démonstration.

Une démonstration que l’argent existe lorsque les profits existent.

Une démonstration que les salariés produisent bien plus de richesse qu’on ne veut parfois le reconnaître.

Une démonstration surtout que la répartition de cette richesse n’est pas une loi naturelle.

C’est un choix politique.

C’est un choix économique.

C’est un choix de société.

Et lorsque 48 000 salariés sont capables d’imposer leur place dans le partage de la valeur, ils rappellent une vérité que beaucoup voudraient voir disparaître :

La richesse n’est jamais créée par le capital seul.

Elle naît toujours du travail humain.

Et lorsqu’on l’oublie, il arrive parfois que les salariés viennent le rappeler.

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