Affaire Lyhana : le problème n’est pas le manque de moyens, mais le choix des priorités

Introduction

À chaque drame, à chaque affaire qui bouleverse l’opinion publique, la même explication revient comme un réflexe : manque de moyens, manque d’effectifs, manque de budget.

Police débordée. Justice saturée. Services publics à bout de souffle.

Le constat n’est pas entièrement faux. La France manque effectivement de magistrats, de greffiers, d’enquêteurs spécialisés et de personnels administratifs. Pourtant, une question dérangeante mérite d’être posée :

Si les moyens manquent tant que cela, comment l’État parvient-il parfois à en mobiliser des quantités considérables en quelques heures lorsque certains sujets deviennent prioritaires ?

L’affaire Lyhana nous oblige à regarder cette réalité en face.

Des moyens qui apparaissent lorsque l’État le décide

Lors des grandes opérations de maintien de l’ordre, l’État déploie régulièrement des effectifs impressionnants.

Après la victoire du PSG en Ligue des Champions, plus de vingt mille policiers et gendarmes ont été mobilisés sur le territoire national. Des centaines d’interpellations ont été réalisées en quelques heures. Des magistrats ont été mobilisés durant tout le week-end afin de traiter les procédures en urgence.

Lorsqu’il s’agit de terrorisme, de narcotrafic ou de grands événements internationaux, les renforts arrivent rapidement. Des cellules spécialisées sont créées. Des budgets exceptionnels sont débloqués. Des enquêtes sont lancées sans délai.

De la même manière, lors des perquisitions menées contre La France insoumise en 2018, une opération nationale coordonnée a mobilisé une part importante des effectifs spécialisés de la police financière, plusieurs magistrats et des moyens logistiques conséquents.

Dans tous ces cas, l’État a démontré une chose simple :

quand il considère un sujet comme prioritaire, il trouve les moyens nécessaires.

Le paradoxe des victimes ordinaires

Mais lorsque les victimes sont des citoyens ordinaires, les réponses changent.

Combien de plaintes classées faute de temps ?

Combien de dossiers qui attendent des mois, parfois des années ?

Combien de familles à qui l’on explique que les services sont débordés ?

Combien d’affaires pour lesquelles les proches entendent que les enquêteurs font le maximum mais qu’ils manquent d’effectifs ?

Dans ces situations, le discours officiel n’est plus celui de la mobilisation exceptionnelle. Il devient celui de la pénurie.

Pour les familles concernées, cette différence est difficile à comprendre.

Elles constatent que l’État est capable de mobiliser des milliers de policiers lorsqu’il le souhaite, mais qu’il semble parfois incapable de consacrer quelques enquêteurs supplémentaires à des dossiers qui concernent directement la sécurité ou la protection des citoyens.

Une question de choix politiques

Le débat n’est pas de nier les difficultés réelles de la police ou de la justice.

Les policiers travaillent souvent dans des conditions difficiles.

Les magistrats croulent sous les dossiers.

Les greffes sont en sous-effectif chronique.

La question est ailleurs.

Chaque année, l’État arbitre entre des centaines de priorités.

Il décide où vont les effectifs.

Il décide quels services seront renforcés.

Il décide quels dossiers bénéficieront de moyens exceptionnels.

Il décide quelles missions seront considérées comme stratégiques.

Dire que tout est uniquement une question de manque de moyens revient à masquer cette réalité fondamentale :

les moyens disponibles sont aussi le reflet de choix politiques.

Ce que révèle l’affaire Lyhana

L’affaire Lyhana pose une question simple mais essentielle :

Quelle valeur accordons-nous à la protection des citoyens les plus vulnérables ?

Car derrière les statistiques, les budgets et les organigrammes se trouvent des vies humaines.

Lorsqu’une famille attend des réponses, elle ne demande pas des discours sur les contraintes administratives.

Elle demande que tout soit mis en œuvre pour établir la vérité.

Elle demande que son affaire soit traitée avec la même détermination que celles que l’État considère comme prioritaires.

Et c’est précisément là que se situe le véritable débat.

Conclusion

Quand l’État veut enquêter, il trouve des enquêteurs.

Quand il veut surveiller, il trouve des policiers.

Quand il veut interpeller, il trouve des effectifs.

La vraie question n’est donc pas seulement celle des moyens.

La vraie question est celle des priorités.

Chaque budget est un choix.

Chaque affectation est un choix.

Chaque dossier traité avant un autre est un choix.

Et derrière chaque choix se cache une vision de ce qui mérite, ou non, la protection de la République.

Le manque de moyens existe.

Mais il ne doit jamais servir à dissimuler une autre réalité, plus fondamentale encore :

une société se juge moins à ce qu’elle est capable de faire qu’à ce qu’elle choisit de faire.

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